Jean Charest lance un appel à la solidaritéJean Charest a lancé un appel à la solidarité en ouvrant la Rencontre économique 2010 à Lévis, hier soir.« Décisions difficiles » Tantôt solennel, tantôt léger, le premier ministre a confronté son auditoire à la réalité québécoise de 2010 : une société vieillissante, riche mais endettée, dont les défis s’ouvrent simultanément sur les fronts de la démographie, de l’assainissement des finances publiques et de la croissance économique. Si le Québec a traversé la « tempête parfaite », il l’a fait à coups de milliards.
« Aujourd’hui, je refais appel à vous pour engager fermement le Québec dans la reprise », a-t-il lancé devant un parterre de deux cents décideurs provenant de divers horizons.« Car créer de la richesse, c’est se donner les moyens de soutenir nos services de santé, notre réseau d’éducation et d’aider les familles », a-t-il insisté, en reconnaissant que de faire un consensus sur des enjeux aussi importants tombaient sous le sens.
Leaders syndicaux, banquiers, hommes d’affaires, fonctionnaires, etc. formaient ce que l’ordre du jour identifie comme le « Groupe des décideurs financiers » . Rassemblés dans une salle plutôt petite, ils ont écouté religieusement. Car en mars, le budget du ministre des Finances,
Raymond Bachand, risque d’en désenchanter plusieurs. Les subventions seront probablement dégonflées tandis que l’administration publique devra se contenter d’une hausse globale des dépenses de 3,2 %. La santé et l’éducation rafleront la part du lion.
« Nous aurons des décisions difficiles à prendre pour assurer la reprise de l’économie », a averti M. Charest.Si le Québec a tiré son épingle du jeu durant la crise économique, il a dû faire des dépenses publiques représentant 5 % du PIB, soit l’équivalent, toutes proportions gardées, de ce qu’a fait l’administration Obama aux États-Unis.
Mais ce rythme de dépenses ne pourra pas être maintenu. Le vieillissement de la population est un handicap majeur. Il y aura bientôt plus de gens qui prendront leur retraite que de jeunes qui accéderont au marché du travail. Moins d’impôts à collecter pour l’État. M. Charest tient à ce que les femmes soient de plus en plus nombreuses à travailler et espère que le nouvel espace économique euro-québécois sera un jour profitable sur le plan démographique.
Réduire la dettePar ailleurs, il a averti que la dette devrait être réduite. La dette globale du secteur public québécois atteint 225 milliards et est formée pour moitié de déficits passés, soit une « mauvaise dette », alors que l’autre moitié, associée aux dépenses d’infrastructures, est une bonne dette. La dette assujettie aux dépenses de programmes devra donc être éliminée.
« Nous devons contrôler la bonne dette et éliminer la mauvaise dette », a lancé le premier ministre, irritant sans doute ainsi les oreilles des dirigeants syndicaux.
Le Québec doit prendre maintenant des décisions importantes, non pas en tenant compte de « l’échéance du prochain budget », a-t-il ajouté.
M. Charest a admis d’emblée que le menu était chargé et que la rencontre était plutôt courte. « La formule est très simple. C’est plutôt intime », a-t-il dit.Selon la présidente de la
CSN, Claudette Carbonneau, cette rencontre a le mérite de ne pas nous forcer à garder « le nez sur la vitre des finances publiques ».
« Mais ça ne voudra rien dire s’il n’y a pas un comité de suivi pour donner suite aux consensus qui s’en dégageront », a-telle prévenu. Scepticisme Plusieurs sont d’un optimisme sceptique. « On sortira pas d’ici avec le secret de la Caramilk » , a résumé Françoise Bertrand, présidente de la
Fédération des Chambres de commerce du Québec.
D’autres comme Réjean Parent, patron de la
Centrale des syndicats du Québec, ne nourrit guère d’espoirs. Inconfortable, estimant que les gens d’affaires sont trop lourdement représentés, M. Parent considérait que la soirée n’était qu’un « moment de distraction ».
Dehors, des groupes populaires, une centaine de personnes, protestaient, hurlaient en brandissant des affiches : « La facture, c’est pas à nous à la payer. Aux riches de payer leur part. »